Des débuts au FC Issy les Moulineaux, quatre ans au centre de formation du Valenciennes FC, William James Hervé a créé son début de carrière entre la région parisienne et le Nord. Aujourd’hui âgé de 20 ans, le milieu offensif revient sur la folle année qu’il vient de vivre. De la finale FFFUSA, en mars 2018, à son retour de blessure, la route a été marquée de hauts et de bas. Et, surtout, par un titre de champion de D1 NCAA, l’élite du football universitaire américain, début décembre. Trois mois après, il n’a rien oublié…

Trois mois après votre titre, quelle est la vie dans la Maryland ?

A peu près la même, à part qu’on est une équipe plus soudée, de vrais frères, il y a une vraie cohésion. On a vécu pas mal de galères, au terme d’une saison dure. Au début, on n’arrivait pas à marquer, les gens doutaient. On a montré une force collective puissante, entre ceux qui jouaient et ceux qui étaient dans les gradins. Aujourd’hui, on est tous lié à cette même chose, c’est une très belle fierté.

C’est ce qu’a dit Didier Deschamps après la Coupe du monde.

C’est ça, c’est à peu près le même sentiment. Certains se sont tatoués la même chose, mais pas moi, pour symboliser victoire. Des joueurs sont passés pros, on est en contact avec eux. On sera des frères jusqu’à la fin. Même si on ne se voit pas très longtemps, on l’aura gagné ensemble.

Sur ce tournoi final, vous n’étiez pas favoris…

Pas du tout… Quand j’ai intégré l’équipe l’été dernier, on n’était pas classé dans les meilleures universités. C’est juste le nom, car c’est une bonne université, qui est connue pour sa grosse équipe de foot. Mais il n’y avait pas de réussite, c’est une reconstruction après un échec. Il fallait reconstruire une équipe, une façon de jouer. On n’avait pas l’idée de gagner, juste d’avoir une bonne équipe, on pouvait faire de belles choses, il fallait qu’on apprenne à se connaitre, puis le travail ferait qu’on pourrait aller loin. Les choses ont avancé au jour le jour. Quand on perdait, qu’on ne marquait pas, qu’on était critiqué sur Twitter, on a réussi à faire abstraction, car on savait qu’on avait de la qualité, que ça viendrait. On a vécu des émotions, des déceptions, des moments où on s’est dit qu’on n’allait pas le faire. Puis, on est devenu plus proche. On a pris les matches semaine par semaine, avec l’envie de se battre ensemble. On a mis en place un bloc compact sur le terrain, c’était difficile de marquer contre nous, tout le monde défendait, même les attaquants, et, comme on avait une excellente défense, on avait une équipe très redoutable.

Si vous deviez garder un match fort ?

Il y a plusieurs moments symboliques. Il y a une défaite qui nous a fait mal, contre Wisconsin, lors de la « pride night », en milieu de saison. Il y avait énormément de supporters. L’an dernier, Wisconsin avait battu Maryland. On s’est dit, il faut gagner, mais on a perdu en over-time. Ca a été un gros choc. Puis, de cette période jusqu’au match contre Denver, on était en construction. On disait qu’il y avait le meilleur attaquant du pays dans cette équipe, mais, après avoir gagné, ça a été un déclic. On est devenu des machines, on a défendu tous ensemble. Lors des play-offs NCAA, on a obtenu une victoire contre Duke, qui était considérée comme la meilleure équipe du pays, on a battu Kentucky, qui était invaincu à domicile. Chaque match a été un moment très fort de la conquête du trophée.

Vous seuls y croyiez…

C’était compliqué de gagner, on n’était pas favori. Les gens ne pensaient pas qu’on allait réussir. Seuls les fans de Maryland le pensaient. Avoir gagné ces matches, sachant que les gens nous considéraient comme faibles, c’est une fierté en plus.

La victoire en finale, face à Akron (1 – 0), est-elle la plus belle de votre carrière ?

Oui, c’est le plus beau moment, surtout après le coup de sifflet final, de ce match hyper difficile. Il y avait énormément de fatigue, car la demie avait eu lieu deux jours avant. Ce n’était pas le meilleur match de foot, on n’a pas pris de plaisir à jouer. Mais, au moment où on marque et au coup de sifflet final, on se rend compte qu’on est champion. A partir de ce moment, ce sont des émotions très fortes. Ce sera très dur de le revivre, j’avais déjà gagné des championnats, en U15, j’avais vécu de belles émotions avec le club de ma ville, mes meilleurs amis, mais ce n’est pas la même histoire. Je suis parti de rien et je suis devenu champion d’Amérique. C’est un énorme trophée pour un athlète. Ce sera mon meilleur souvenir, car c’est le moment où j’ai ressenti le plus d’émotions et de fierté dans ma vie.

Vous avez également pu jouer devant votre mère…

C’était un pur hasard, lors d’un match contre North western. Ma mère avait un voyage pour son travail, elle n’en fait pas souvent aux Etats-Unis. Elle a pu me voir jouer. Quand on ne voit pas sa famille et qu’elle vient te voir jouer, ça rajoute une motivation. En plus, c’est une énorme fierté d’avoir marqué deux buts. C’est un super sentiment de savoir qu’elle est fière de toi, quand elle te voit réussir, marquer. Je ne voulais pas la décevoir. Si je suis parti de France, c’est parce qu’il y a quelque chose derrière, ce n’est pas comme ça. J’assume et j’ai fait le bon choix. J’étais content de voir son sourire sur le visage et qu’elle soit fière que je sois son fils.

Lors de cette saison, vous avez également été élu, une fois, joueur offensif de la semaine dans la conférence Big Ten.

C’est flatteur et gratifiant. Ce sont beaucoup d’efforts que j’ai fait. Les récompenses personnelles font plaisir, elles rajoutent de la visibilité, c’est du bonus. Je n’en ai pas gagné un deuxième. J’ai également été membre de l’équipe type des Freshman NCAA. Ca motive à donner encore plus.

Et dire que vous êtes arrivé aux Etats-Unis il y a environ six mois…

Je suis arrivé en juillet, pour une classe d’été pour que l’université m’accepte en tant qu’étudiant pour mon niveau d’anglais. Ca a été les plus beaux mois, les plus fous vécus dans ma carrière de footballeur, avec des bas, des hauts, des remises en question, est-ce qu’on va le faire, des critiques. On se demande si on a une bonne équipe. Puis, on a un déclic, une série d’invincibilité. J’ai vécu toutes les émotions.

Pourquoi avez-vous fait le choix de rejoindre le programme FFFUSA ?

J’étais sur la fin de ma 4e année à Valenciennes, dans une phase où j’étais déçu. Mon avenir n’était pas forcément là-bas. Il y a beaucoup de frustration, et je n’atteignais pas les objectifs. J’étais assez ambitieux, je ne voulais pas me laisser diriger par des gens qui me disaient que ça allait peut-être marcher. J’ai suivi mon destin, je me suis dit il faut que tu trouves quelque chose d’autre. Je n’étais pas heureux, j’en ai parlé à mes proches, je me suis dit sois patient, bosse. J’ai entendu parler de FFFUSA, j’étais fan des Etats unis, de la culture. J’ai trouvé ça attrayant. Je suis rentré en contact avec Edouard Lacroix et Clément Simonin. Je suis franco-anglais, mon profil leur a plu. J’ai été invité à la finale à Clairefontaine. Je me suis dit, j’y vais pour m’aérer l’esprit. J’étais dans une routine. Là, il y avait le fait de jouer avec d’autres personnes. J’ai pu me rendre compte que je n’avais plus ma place à Valenciennes. Au final, je ne me suis jamais senti aussi bien, j’étais libre. Ca m’a permis de m’exprimer beaucoup plus, et, apparemment, ça a plu. Le soir même, j’avais reçu des propositions. Mes parents m’ont dit de ne pas m’emballer, qu’on ne savait pas si c’était de bonnes universités. Moi, j’étais heureux, car j’avais une porte de sortie si je n’étais plus content à Valenciennes. J’ai reçu des propositions intéressantes, dont celle de Maryland, qui a été une des meilleures qui m’ait été faites. Edouard et toutes les personnes FFFUSA ont dit qu’aucun Français n’était parti là-bas et que c’était une des meilleures équipes des Etats-Unis. Ca ne se refuse pas. Moi, j’étais intéressé, mes parents se sont rendus compte de la chance que c’était pour moi. Après le processus de résiliation mon contrat d’apprenti à Valenciennes, j’ai pris la décision de partir.

Comment se passe la vie aux Etats-Unis ?

C’est unique. La vie universitaire, c’est quelque chose que tout le monde ne vit pas. Je suis très content de le connaitre, c’est à part, c’est différent. Même le foot universitaire a l’air professionnel, avec énormément de fans. On est reconnu dans les universités, dans les aéroports. La vie est celle d’un adulte, on va s’acheter à manger, on se gère, on fait ce qu’on veut. Il y a d’excellentes infrastructures sportives, de super infrastructures scolaires. C’est unique et totalement différent de ce que j’ai vécu dans ma vie. Je suis très fier et très heureux d’avoir fait le choix de partir, ça me correspondait le mieux. C’est un des meilleurs choix que j’ai pris dans ma vie. Les deux premiers mois, on se dit que c’est différent, bizarre, puis, quand on connait les gens, qu’on se fait des amis, on se rend compte à quel point c’est grand et beau. Ce sont des émotions en tant que jeune sportif, qu’athlète, qu’étudiant, qu’on recherche.

Quels sont vos projets aujourd’hui ?

Pour l’instant, je veux récupérer de l’intervention que j’ai subie au ménisque de mon genou droit, après la finale. Je ressentais la blessure depuis les quarts. J’avais une protection sur mon genou lors de la demie et de la finale. En janvier, je me suis fait opérer aux Etats-Unis. Je recommence à courir, à prendre du muscle. L’objectif est revenir à 100 %, de travailler durant le printemps et de me préparer pour l’été pour la saison prochaine qui sera déterminante pour mon futur. C’est la 2e année, ce n’est plus la découverte, mais prouver ce que je sais faire. La MLS ? C’est l’objectif. J’aimerais commencer ma carrière professionnelle là-bas. Je ne sais pas de quoi le futur est fait, peut-être ce sera un retour en Europe, peut-être je ne serai pas pro. Mais l’objectif est là, c’est la MLS le plus vite possible, quand elle pensera que je suis prêt.

Il y a quelques jours avait lieu la finale FFFUSA à Clairefontaine.

Je dirais que c’est un moment où il n’y a aucun stress à avoir. C’est un moment où il faut prendre du plaisir à montrer son potentiel, être libre devant des coaches qui sont là pour rechercher un joueur et faire ce qu’on sait faire. On doit montrer qu’on est un bon joueur d’équipe, car le collectif prime sur l’individuel. C’est juste du foot et de belles opportunités.

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