En décidant de faire confiance à FFFUSA, il y a quatre ans, à la fin de son contrat au centre de formation du Havre, Alexis Souahy, 23 ans aujourd’hui, voulait vivre un double projet. Après avoir rempli le projet scolaire, il continue de vivre pleinement ses ambitions sportives. Ce jeudi, avec le Louisville, dont il est l’un des défenseurs, il va disputer la finale de la 2e division américaine, l’USL, face aux Phoenix Rising de Didier Drogba.

Comment se sent-on à deux jours d’une finale de Championnat USL ?

On est excité, motivé. C’est un plaisir, plus qu’autre chose. Ce n’est pas un match qu’on vit tous les jours. On va le jouer pour le gagner, pas pour savourer l’événement, et ramener le trophée à la maison.

Et même le garder, puisque Louisville City FC est le tenant du titre…

C’est ça. Pour moi, c’est la première saison. Ce serait mon premier titre. Aucune équipe ne l’a gagné deux années de suite. Avoir l’opportunité de le faire, c’est énorme. Ce sera le résultat de notre travail depuis le premier jour de pré-saison.

Ce match est aussi le dernier de Didier Drogba.

Pour l’anecdote, c’est super. Drogba, on le connait tous. On l’a regardé à TV, c’est une légende. Ca donne un petit boost à l’événement. On le connait, on sait ce qu’il peut amener à son équipe. Mais Phoenix a d’autres joueurs, ils ont une bonne équipe. Ce n’est pas juste lui.

En tant que Français, l’affronter, ça rend la finale spéciale ?

Je l’ai connu quand il était en France, à Marseille. Puis à Chelsea. J’habite à Boulogne sur Mer, il a débuté à Dunkerque. Je le connais depuis que je suis tout petit. J’avais l’habitude de le regarder à la télé. Jeudi, je vais être sur le terrain contre lui, surtout en tant que défenseur. Ce sera mon adversaire direct. On sait tous qu’avec son expérience, ses qualité de finition, ses courses, il peut faire mal. L’observer ? On le connait même sans regarder de vidéo (sourires).

Comment s’est déroulée la préparation ?

C’est une semaine comme toutes les autres, comme chaque match. Avant les entraînements, on regarde ce qu’ils font défensivement ou offensivement, on regarde leurs coups de pied arrêtés. A l’entraînement, on se concentre sur nous, notre projet de jeu, comment on va défendre ou attaquer.

Vous n’avez eu que cinq jours entre la finale de Conférence (victoire 5-1 contre New York Red Bull 2)…

C’est une courte période, mais on se concentre sur nous-mêmes. Notre style de jeu est ce qui a fait notre succès. Si on est performant, ça devrait aller. On essaie de connaitre l’adversaire, mais le plus important, c’est notre performance.

Cette finale se jouera à Louisville.

C’est une superbe opportunité. Le match va être à guichets fermés. La plupart des supporters seront nos fans qui viennent chaque week-end.

Pour vous, ça clôture une première saison en USL. Quel bilan en faites-vous ?

Ça s’est bien passé. J’ai beaucoup appris. Quand on tente le milieu professionnel, c’est différent du monde amateur ou universitaire, il y a une adaptation au niveau de la vitesse de jeu, de l’intensité. J’ai pu enchainer les matches. C’est du plaisir. Je profite, surtout dans une équipe pareille. On a gagné la conférence le week-end dernier, on a atteint les quarts de finale de Coupe des États-Unis (défaite 4-0 contre les Chicago Fire qui évoluent en MLS) en battant New England Revolutions en 16e de finale (3 – 2).

Et vous avez marqué trois buts, tous de la tête.

On a un super tireur de coup franc et de corner, ça aide beaucoup. Mon objectif, c’était 5 buts. Trois, je ne vais pas me plaindre (sourires). Ça fait plaisir sur une première saison, d’avoir contribué à ce qu’on a réussi.

« Je ne regrette pas d’avoir signé en USL »

Au bout de cette année, comment jugez-vous le niveau de l’USL ?

Je pense que c’est un très bon niveau. Il y a de bons joueurs, comme Drogba. Il aurait pu arrêter, mais il vient en USL. Ça veut tout dire du niveau. Il y a des joueurs de talents, des internationaux qui viennent de partout. Ça augmente le niveau de la Ligue. Il y a beaucoup de duels, ça va vite. Beaucoup de matches se déroulent box to box, comme en Angleterre. Il y a une grosse inspiration en terme de duels. Mais, dans le jeu, l’Angleterre, c’est une des meilleures ligues du monde.

Qu’est-ce qui vous a poussé à rejoindre Louisville ?

Le club venait de gagner la ligue. C’était une superbe opportunité, j’ai aimé le discours du coach (James O’Connor, NDLR), qui m’a recruté avant de partir à Orlando en MLS. Quand j’étais en France, pendant les vacances de Noël, on s’est appelé. Il avait regardé mes matches en université.

C’est une étape avant la MLS ?

C’est un bon tremplin avant la MLS. C’est une étape à passer pour la plupart des joueurs qui sortent d’université.

Vous auriez pu rejoindre un club de l’élite ?

J’avais des invitations à des « combine » (les journées d’essai, il en a notamment fait un à Charlotte, où il est parti de son université de Bowling Green en voiture, pour 8h45 de route par trajet, NDLR). Mais j’avais signé très tôt à Louisville, début janvier, grâce à FFFUSA. Les clubs MLS font signer fin janvier, début février. Je ne regrette pas.

Vous espérez rejoindre la MLS ?

Pour tout joueur d’USL, l’objectif, c’est la MLS, atteindre l’élite. On verra en fin de saison. Il y a beaucoup de discussions. Je suis concentré sur la finale. Si des offres de MLS doivent venir, elles viendront. Sinon, disputer une deuxième saison en USL ne me dérangerait pas.

Avez-vous toujours des contacts avec James O’Connor ?

Non, pas trop, mais on s’est parlé. C’est ma première saison. Je n’ai pas envie de me fixer sur un seul club. Quand tu es en USL, tu veux juste atteindre l’élite.

Cela fait quatre ans que vous êtes aux États-Unis, vous êtes devenu Américain ?

(rires) Je ne suis pas devenu Américain, mais bilingue. Il faut toujours rester Français. Au bout de 2-3 ans, tu te sens intégré, c’est une routine. Tu t’intègres très vite, ici les gens sont très ouverts. Il n’y a pas de soucis.

Qu’est-ce qui vous a marqué ?

Je pense que ce qui m’a marqué, c’est la culture, une mentalité différente de la France. Que ce soit au niveau de la culture familiale, sociale, de la bouffe. C’est un mode de vie. Ici, surtout à la fac, tu côtoies beaucoup d’étudiants qui sont des athlètes. Ils ont toujours envie de réussir. Ça te pousse à toujours faire mieux. C’est ce qui m’a marqué par rapport à la France. Ça ressemble aux centres de formations. Mais, en dehors, la mentalité française est différente de celle aux États-Unis.

« Le centre de formation du Havre a été une super expérience »

Votre premier coach universitaire a dit que vous êtes « le joueur le plus facile à entraîner », car vous n’êtes pas arrivé en disant « je suis Français, je sais déjà tout ».

N’importe où, où tu vas, il faut être humble, surtout quand tu es nouveau quelque part. Il est important de s’intégrer à la culture et à ce que le coach veut de toi. Il ne faut pas changer ta façon de jouer, juste être à l’écoute et tu apportes ton talent.

Pourquoi avez-vous choisi de signer aux États-Unis ?

Ca a été une opportunité, d’avoir une bourse, être nourri, logé, de pouvoir jouer au haut niveau universitaire. C’était impossible à refuser. C’est une expérience unique de vivre ici. Je n’ai jamais hésité. Dès que j’ai commencé les démarches aux côtés des responsables de FFFUSA, j’étais déterminé, à fond dedans.

Même quand on sort du centre de formation du Havre, on ne considère pas ça comme un échec, au départ ?

Non, c’était une opportunité de continuer à jouer au foot, avec une chance de finir pro, d’être diplômé bac + 4. Je ne regrette pas du tout, au contraire. J’aurais bien aimé finir pro en France, ça ne s’est pas fait. J’avais besoin d’un plan B, c’est un très bon plan B.

Que gardez-vous du Havre ?

De super souvenirs. J’ai encore des potes avec qui je parle. Il y a un très bon centre de formation. J’ai côtoyé d’actuels champions du monde, comme Benjamin Mendy. Je ne suis plus en contact avec lui, car il est une génération au dessus. Mais je reste en contact avec Dylan Louiserre, qui joue à Niort. Ça a été une belle expérience, avec de très bons coaches et d’excellents joueurs.

Espérez-vous toujours devenir pro en France ?

Je ne me pose pas la question. Si ça doit venir, ça viendra. Aujourd’hui, je prends du plaisir. S’il y a une opportunité à considérer, je ne me ferme pas. Je suis ouvert à tout. Après tout, aujourd’hui, il n’y a plus rien qui fait peur, après avoir traversé l’Atlantique.

Il paraît qu’enfant, un événement personnel vous a fait rester au lit sans vouloir manger, jusqu’à ce que votre mère vous force. Ce côté têtu, c’est ce qui vous a porté ?

Toute mon enfance, j’ai beaucoup appris. J’ai traversé beaucoup d’étapes qui m’ont forgé. Ici, j’ai vécu pas mal de choses qui m’ont changé. Je n’ai jamais lâché, j’ai toujours été au bout de ce que je voulais faire. C’est ce qui m’a amené jusque là.

« Le rêve est accessible à tout le monde aux États-Unis »

Jusqu’à votre devise « Je ne perds jamais ». Depuis quand l’avez-vous eu ?

Ce slogan a commencé à l’université. A l’entraînement, on faisait toujours un genre de Champion’s league, avec trois équipes. Le gagnant reste sur le terrain. Chaque fois, c’est cette petite phrase que je lançais à tout le groupe. Ce n’était pas du chambrage, juste une mentalité que je partageais, de ne jamais lâcher et de toujours viser la victoire.

Jusqu’à la finale de ce jeudi…

Une finale, on la joue pour gagner. Il n’y a pas d’autre choix. Un défi que je réalise si on gagne ? (rires) Je n’en ai pas vraiment. Ce serait juste quelque chose d’énorme la première année.

A 23 ans, avec votre expérience, que diriez-vous aux jeunes joueurs qui hésitent à s’inscrire aux détections FFFUSA ?

Aujourd’hui, je connais beaucoup de joueurs français aux États-Unis. Je n’en ai jamais connu un qui s’est plaint. C’est une super expérience. Même si tu ne finis pas pro au bout, tu as un bac + 4, et tu as vécu une expérience unique. Il n’y a rien à perdre, tout à gagner. Je conseillerais à tout le monde de foncer, de s’inscrire aux détections et de tenter sa chance. Le rêve est accessible à tout le monde. Moi, je le considérais comme un double projet. L’objectif final est de devenir pro, mais quand on a la chance d’avoir un diplôme et une vie universitaire, c’est unique. Pour moi, finalement, le projet est devenu réalité.

Propos recueillis par Tom Mollaret

S’inscrire pour les prochaines détections :

Le 12 novembre à Saint-Etienne

Le 14 novembre à Lens

Le 23 novembre à Montpellier

Le 3 décembre à Metz

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